
Lundi 17 novembre 2025, Paris pour la seconde fois en moins d’une semaine, la Cour d’assises spéciale de Paris a sommé Roger Lumbala de comparaître. Et pour la seconde fois, l’ancien dirigeant congolais a refusé, arguant que les « conditions » qu’il exige pour se présenter ne seraient toujours pas réunies. En dépit de cette absence, la Cour a poursuivi ses travaux en procédant à l’audition des organisations de la société civile constituées parties civiles dans ce procès historique.
Justice Plus : “Un signal fort contre l’impunité”
La première organisation entendue fut Justice Plus, représentée par Xavier Macky Kisembo, assisté des avocats Me Bectarte et Me Thulliez. L’ONG a rappelé qu’elle accompagne 19 victimes et 7 témoins, tout en précisant que d’autres victimes n’ont pas pu se joindre à la procédure, notamment pour des raisons sécuritaires.
« L’arrestation de Roger Lumbala avait constitué « un signal fort pour la lutte contre l’impunité des crimes internationaux », un véritable « ouf de soulagement » pour des victimes longtemps privées de justice. L’ONG souligne aussi qu’en RDC, aucune autre personnalité n’est poursuivie pour ces crimes, renforçant l’importance de la procédure française. Affirme Xavier Macky Kisembo, représentant de l’organisation à l’audience.
La Cour a néanmoins soulevé les griefs formulés par la défense, accusant Justice Plus et son partenaire TRIAL International d’avoir « recruté » des victimes, d’avoir communiqué des éléments du dossier, et même d’avoir encouragé les plaintes avec une soi-disant cagnotte de 1.500 dollars par victime, évoquée par certains médias dont Scoop RDC.
Xavier Macky a fermement rejeté ces allégations :
« Le mot ‘recruter’ ne vient pas de nous. C’est insultant et méconnaît le travail difficile que nous menons. Nous n’avons forcé personne à porter plainte. » conclut l’envoyé de Justice Plus.
À l’issue de ce premier échange vif, la Cour a enchaîné avec une autre organisation également active dans la défense des droits humains : le Club des Amis du Droit.
Le Club des Amis du Droit : “Il faut savoir ce qui s’est passé”
Le Club des Amis du Droit (CAD), représenté par Dickson Dikangu Kaleka et assisté de Me Daoud, s’est présenté comme une structure engagée depuis des années dans la lutte contre les violations graves des droits humains.
« Le CAD plaide pour la légitimité de la Cour d’assises de Paris à juger Roger Lumbala afin de lutter contre l’impunité. Les victimes ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation. On doit savoir ce qui s’est passé » déclare Dickson Dikangu Kaleka.
L’organisation a accompagné sept victimes, dont trois dossiers ont été déclarés recevables et quatre non recevables.
Après cette intervention centrée sur la reconnaissance des droits des victimes, la Cour a donné la parole à une ONG internationale engagée sur les violences sexuelles en période de conflit : la Clooney Foundation for Justice.
Clooney Foundation for Justice : violences sexuelles et exploitation illégale des minerais
Pour cette Organisation représentée par Me Bectarte, et par les déléguées Yasmine Chubin et Hélène Hezbig Debazzac, la Clooney Foundation for Justice a expliqué s’être constituée partie civile pour défendre spécifiquement les femmes victimes de viols et violences sexuelles durant l’opération « Effacer le tableau ».
Les représentantes ont également mis en évidence le lien direct entre les violences et l’exploitation illégale des minerais, moteur financier des groupes armés. Elles ont détaillé quatre modes opératoires observés sur le terrain :
- Création de zones de monopole d’achat des minerais ;
- Taxations illégales imposées aux exploitants ;
- Occupation des zones minières par les groupes armés devenant eux-mêmes exploitants ;
- Exportations illégales, notamment via l’Ouganda.
Douze témoignages ont été recueillis par l’organisation.
En effet, Cette analyse de la mécanique économique des conflits a conduit la Cour à entendre une ONG implantée au plus près des violences, en Ituri : la Ligue pour la Paix, les Droits de l’Homme et la Justice.
Ligue pour la Paix, les Droits de l’Homme et la Justice : “54 victimes identifiées, 3 parties civiles”
Serge Ngabo, représentant de cette organisation active en Ituri, fait noter :
« Notre organisation avait identifié 54 victimes, mais que seules trois avaient pu se constituer parties civiles, notamment en raison de la peur, du traumatisme et de l’instabilité sécuritaire de la région ».
Enfin, la Cour a clôturé cette série d’auditions en donnant la parole à l’ONG MAG, engagée dans la défense des peuples autochtones.
MAG : accompagner les communautés pygmées
La représentante de MAG, Claire Thomas, assistée de Me Sulzer, a déclaré que l’ONG s’était constituée partie civile pour accompagner les membres des communautés pygmées (Bambuti), dont cinq ont été victimes de crimes internationaux durant l’opération « Effacer le tableau ».
« Ce procès « fait renaître l’espoir dans plusieurs communautés marginalisées, qui voient pour la première fois leurs souffrances reconnues publiquement » confirme Claire Thomas.
Un procès emblématique poursuivi malgré l’absence du prévenu
A en croire, à l’issue de ces auditions successives, un constat s’impose : malgré les absences répétées de Roger Lumbala et la stratégie de non-comparution adoptée par ce dernier, la Cour avance. Les ONG ont, chacune à leur manière, rappelé l’importance de ce procès pour l’histoire judicaire congolaise et internationale, ainsi que pour les victimes qui attendent depuis plus de vingt ans que leurs récits soient entendus.
À 17 heures, la Cour a suspendu l’audience, annonçant une reprise mardi à 8 h 45.
La Rédaction.