
Paris, lundi 15 décembre 2025, L’audience du procès dit Lumbala, ouverte à 8h45 précises, a une nouvelle fois plongé la salle d’audience dans une atmosphère lourde de gravité et d’attente. Comme le veut la procédure, la Cour a entamé la séance par la lecture de la réponse du prévenu, Roger Lumbala, à la sommation à comparaître.
Absent à la barre, le prévenu a réitéré son refus de comparaître, soutenant que la Cour n’aurait pas respecté les prescrits de l’article 689-11 du Code de procédure pénale français. Il a également dénoncé ce qu’il qualifie de manquement majeur de l’instruction : l’absence de citation à comparaître de témoins à décharge qu’il juge déterminants. Selon lui, plusieurs personnalités présentes lors des faits reprochés notamment les ambassadeurs des États-Unis, de la France et de la Belgique, ainsi que trois agents des Nations Unies ayant pris part à la signature de l’accord de cessez-le-feu de Gbadolite n’ont jamais été entendues.
Face à cette contestation, la Cour, se fondant sur l’article 353 du Code de procédure pénale français, s’est retirée pour délibérer (Aux termes de cette disposition, « la loi ne demande pas compte aux juges des moyens par lesquels ils se sont convaincus ; elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire dépendre la plénitude et la suffisance d’une preuve ; elle leur prescrit de s’interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement, et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite sur leur raison les preuves rapportées contre l’accusé et les moyens de sa défense ».)
Dans cette même décision d’administration judiciaire, la Cour a ordonné le maintien de Roger Lumbala sous garde dans les locaux de la juridiction jusqu’au prononcé du verdict, annoncé comme imminent et susceptible d’intervenir tard dans la soirée de ce lundi. Il était exactement 10h03 lorsque l’audience a été suspendue.
À l’issue de cette séance décisive, les réactions des parties civiles ne se sont pas fait attendre. Pour l’ONG Justice Plus, partie civile dans ce procès, l’enjeu dépasse largement le sort d’un seul homme. Son directeur exécutif, M. Xavier Macky, a livré une déclaration empreinte de gravité :
« Nous attendons de la Cour une décision qui soulagera les souffrances des victimes, lesquelles ont attendu plus de vingt ans avant de voir la justice française se saisir et juger ces crimes graves. Ce verdict devra aussi envoyer un message fort aux auteurs des crimes passés et actuels : la conscience nationale et internationale se mobilise désormais contre l’impunité des crimes graves commis dans l’Est de la RDC et partout dans le monde. »
Pour mémoire, la précédente audience avait été marquée par la clôture des plaidoiries des parties civiles et par les réquisitoires des avocats généraux. Ces derniers avaient requis, à titre principal, une peine de réclusion criminelle à perpétuite, la confiscation des objets sous scellés et l’interdiction définitive du territoire français estimant que la gravité des faits reprochés, leur caractère systématique et l’ancienneté de la souffrance des victimes justifiaient la sanction la plus sévère prévue par la loi pénale française.
Désormais, le temps est suspendu. Dans les couloirs du palais de justice, journalistes, victimes, avocats et observateurs internationaux retiennent leur souffle. Tous attendent le verdict d’un procès déjà qualifié d’historique, appelé à marquer durablement la lutte contre l’impunité des crimes graves, bien au-delà des frontières françaises.
Rédaction