mardi, décembre 9

Procès Lumbala.« Entre vérité et accusations : Trial International expose sa méthodologie dans le dossier Lumbala »

Paris, 18 novembre 2025.

Nouvelle journée clé au procès de l’ex-chef de guerre congolais Roger Lumbala, jugé pour crimes contre l’humanité dans le cadre de l’opération « Effacer le tableau ». La cour d’assises de Paris a entendu ce mardi Trial International, ONG constituée partie civile, venue expliquer son rôle en République démocratique du Congo (RDC) et répondre aux attaques de la défense.

Une décennie d’engagement sur le terrain congolais

Représenté par M. Daniele Perissi, Trial International a rappelé être présente en RDC depuis 2014, avec des bureaux à Bukavu, Kinshasa et dans le Kasaï. Il fait noter également que l’ONG intervient sur deux axes majeurs :

  1. L’accompagnement des victimes de crimes graves et la facilitation de leur accès à la justice.
  2. Le renforcement des capacités des acteurs judiciaires congolais, afin d’améliorer la lutte contre l’impunité.

Selon M. Perissi, « plusieurs milliers de victimes » ont déjà été accompagnées, tandis que des milliers de professionnels de la justice ont bénéficié de formations et d’appuis techniques.

S’il salue la volonté du gouvernement congolais de juger les crimes graves notamment à travers les juridictions militaires il souligne la persistance de lacunes structurelles, tant logistiques que financières, ainsi que des interférences politiques ou militaires lors de dossiers visant des hauts responsables.

Pourquoi Trial s’est constituée partie civile ?

Interrogé sur la présence de l’ONG dans ce procès, M. Perissi a été clair :

« Trial International s’est constituée partie civile pour mettre à disposition de la justice française notre expertise et les récits des victimes recueillis sur le terrain. Il revient à la cour, en toute indépendance, d’en tirer les éléments nécessaires à l’établissement de la vérité autour de l’opération Effacer le tableau. »

La cour fait noter à Trial que la défense de Roger Lumbala accuse l’ONG et son partenaire Justice Plus d’avoir recruté et rémunéré des témoins. Des allégations fermement rejetées.

« Il n’y a eu ni paiement ni rémunération des victimes », affirme M. Perissi.
« Les frais logistiques sont pris en charge par la justice française, qui a elle-même invité les témoins. Nous n’avons fait qu’avancer ces frais pour faciliter leur venue. C’est incroyable d’entendre de telles allégations. En 2022, la défense elle-même avait transmis des témoignages par courrier : doit-on en conclure qu’elle a recruté et payé ses témoins ? »

Comment réagissez-vous de l’absence présumée de Roger Lumbala sur les lieux des crimes ?

« Il faut examiner le type de soutien qu’il a apporté aux troupes », explique M. Perissi.
« Son rôle était avant tout politique, mais d’autres formes de soutien existaient : prélèvement de taxes sur les camions, les avions se posant à Isiro, ou encore l’organisation de marchés publics pour soutenir l’administration en place. C’est typique du fonctionnement d’un groupe armé. »

L’opération “Effacer le tableau” : qui étaient les cibles ?

À la question de savoir si cette opération visait uniquement les civils ou aussi les combattants adverses, M. Perissi précise :

« L’opération Effacer le tableau était une action continue visant principalement les populations civiles, même si des militaires ennemis ont pu être touchés. »

Il convient de noter que l’audition de Trial International met en lumière l’enjeu central du procès : déterminer les responsabilités, directes ou indirectes, dans une opération ayant marqué l’une des pages les plus sombres du conflit congolais. En apportant son expertise et ses témoignages recueillis depuis plus d’une décennie, l’ONG entend contribuer à « l’éclatement de la vérité ». La cour poursuivra dans les prochains jours l’examen des responsabilités présumées de Roger Lumbala dans cette opération meurtrière.

Rédaction

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