lundi, janvier 12

Condamnation de Roger Lumbala à 30 ans de prison : Dr Mukwenge est satisfait de ce procès véritablement historique

La cour d’assises de Paris a condamné Roger Lumbala, ancien chef d’un groupe armé congolais, à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité pour des faits commis entre 2002 et 2003 pendant la deuxième guerre du Congo, marqué par une violence extrême pour la prédation des ressources naturelles et minières.

En réaction, Docteur Denis Mukwenge, opposant Congolais et candidat à la présidentielle de 2023, se dit satisfait par le déroulement de ce procès qu’il qualifie « historique » puisqu’il brise le cycle de l’impunité qui a toujours caractérisé les crimes commis durant des conflits armés internes et internationaux, que connait la République Démocratique du Congo ( RDC) depuis les années 1990.

« Il s’agit de la première condamnation par un tribunal indépendant d’un des nombreux auteurs des crimes internationaux, des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises durant ces conflits et qui ont été inventoriés également documentés par les experts Onusiens du rapport Mapping qui continue de moisir dans les tiroirs des Nations-Unies à Genève, comme je l’avais déjà dénoncé à Oslo en décembre 2018 », note Dr Mukwenge dans une déclaration rendue publique.

Pour Dr Mukwenge, il tient à saluer le courage dont ont fait preuve les victimes, les survivants de violences sexuelles et les témoins dans cette procédure, malgré les pressions exercées, ainsi que le travail des ONG internationales et Congolaises qui ont enquêté les faits incriminés et facilité la participation des victimes et des témoins. Cette participation a été le moteur permettant de traduire en justice Roger Lumbala et d’aboutir à la condamnation de ce chef de guerre ayant opéré dans le Nord-Est du Congo.

Le Ministère public et les parties civiles ont décrit le mode opératoire du Rassemblement des Congolais démocrates et nationalistes (RDC-N), le groupe rebelle de Roger Lumbala, soutenu par l’Ouganda et le mouvement de libération du Congo (MLC), durant la tristement célèbre « Opération effacer le tableau » : exécutions sommaires, viols massifs utilisés comme arme de guerre, esclavage sexuel, tortures, travail forcé, pillage, arrestations arbitraires. Ces éléments ont permis de caractériser ces atrocités de crimes contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile.

« Ce procès s’est tenu devant un tribunal français sur base de la compétence universelle, un principe juridique qui permet aux juridictions nationales de poursuivre et de juger les crimes internationaux les plus graves, peu importe le lieu où les crimes ont été commis ou la nationalité des auteurs et des victimes.
Ce premier premier procès devant un tribunal compétent et indépendant ne doit pas être le dernier : il doit être le premier d’une avancée historique vers la justice pour les survivants des atrocités de masse commises en RDC et vers la fin de l’impunité pour les auteurs de ces crimes imprescriptibles. À la suite de ce procès exemplaire, nous appelons de nos veux que d’autres procédures judiciaires relevant de la compétence universelle se déroulent devant d’autres juridictions nationales en Europe, en Afrique ou ailleurs », a-t-il indiqué.

Et de poursuivre : « Néanmoins, il serait souhaitable que des comptes aient lieu aussi près que possible des lieux où les crimes aient été commis, et donc la RDC. Bien que les tribunaux militaires Congolais soient parvenus à rendre justice pote des crimes plus récents, ils ont montré une absence de volonté pour entamer des poursuites à l’encontre des auteurs présumés des crimes commis lors des conflits armés internes ou des conflits armés internationaux documentés par le rapport mapping dans lesquels des armées étrangères étaient impliquées, notamment l’Ouganda et le Rwanda. Alors que les guerres successives au Zaïre et en RDC ont entraîné un nombre incalculable de victimes, la RDC devrait prendre sans plus tarder des mesures concrètes sérieuses pour enquêter les atrocités commises depuis 30 ans et pour juger les auteurs et les commentaires, qu’ils soient congolais ou étrangers. Les autorités Congolaises doivent, avec le concours des Nations-Unies et des partenaires techniques et financiers, obtenir au plus vite possible la mise en place d’une juridiction pénale internationale ou internationale qui pourra juger les plus hauts responsables des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide commis durant ces trois dernières décennies. Le fait que la RDC siégera au Conseil de sécurité des Nations-Unies offre une fenêtre d’opportunité unique à saisir pour y revenir ».

Selon lui, le parlement Congolais doit aussi adopter sans tarder un projet de loi créant des chambres spécialisées mixtes ou hybrides au sein des Cours d’Appel des provinces où ces crimes de masse ont été commis pour juger un grand nombre d’autres auteurs présumés de ces crimes.

Le Procès de Roger Lumbala qui vient de se clore envoie un signal fort aux autres auteurs de crimes internationaux commis en RDC. Ce premier procès est une première lueur d’espoir et une opportunité pour les victimes Congolaises, les survivantes les communautés qui réclament la fin de l’impunité et qui sont prêtes à partager leurs témoignages devant d’autres juridictions compétentes. Selon cet opposant Congolais, on a l’obligation juridique et morale de les soutenir et de répondre à leurs soif de justice.

Luc Lukandjila

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